CLADOLE

à venir :

VLADIMIR JANKÉLÉVITCH
LETTRES – VISITES – RENCONTRES – RÉFLEXIONS
(UNE LETTRE ET SES SUITES)

de Wiard Raveling


« Vladimir Jankélévitch (1903-1985) est un philosophe très connu en France, mais peu de gens le connaissent en Allemagne. Jeune homme, il avait appris l'allemand, avait aimé la culture allemande (musique, philosophie, poésie), avait écrit une thèse sur le philosophe allemand Schelling. Son père, Juif émigré d'Ukraine, avait été le premier à traduire Freud en français. En tant que Juif, Vladimir Jankélévitch fut persécuté pendant l'occupation allemande. Quand, après la guerre, il apprit l'ampleur gigantesque de la persécution des Juifs, il effectua une rupture radicale et définitive avec la culture allemande – même avec toute la culture de langue allemande. Il ne voulut plus jamais parler allemand ni lire en allemand, il ne voulut plus jamais mettre les pied sur la terre allemande. Il n'écrivit plus jamais un texte sur un philosophe, un écrivain, un musicien allemand. Jusqu'à la fin de sa vie il resta incurablement allergique à tout ce qui était allemand. Il n'est même pas exagéré de parler ici d'une haine profonde, insurmontable et irréconciliable. Pas question de « pardonner aux Allemands ». Cette attitude intransigeante s'exprime le plus clairement dans son texte « L'imprescriptible » (publié en allemand chez Suhrkamp). Puis, en 1980, dans une émission du Masque et la Plume, il disait quelque chose dont la quintessence était:  « Ils ont tué six millions de Juifs, mais ils dorment bien, ils mangent bien et le mark se porte bien. » Quand j'ai entendu ces mots, je lui ai écrit une longue lettre qui a eu des conséquences pour le moins étonnantes.

Le philosophe et son interlocuteur, le journaliste, romancier et diplomate François-Régis Bastide, ont  réagi très aimablement à ma lettre. Tous les deux m'ont invité à leur rendre visite. Dans sa lettre de réponse Jankélévitch disait qu'il attendait cette lettre depuis trente ans. Il m'invitait à sa maison à Paris, je serais accueilli comme « le messager du printemps ». J'ai rendu visite à tous les deux, à Bastide même plusieurs fois. Et j'ai correspondu avec le philosophe et le journaliste/romancier/diplomate jusqu'à leur mort.

Par la suite j'ai fait plusieurs émissions radiophoniques sur Jankélévitch, sur sa personne et son oeuvre, d'abord pour Radio Bremen , puis avec un essai radiophonique pour le  Süddeutscher Rundfunk  à Stuttgart. Avec un long essai dans le magazine SINN UND FORM (mai / juin 1997) j'ai présenté et expliqué le philosophe, son œuvre et sa (non-)relation avec l'Allemagne  au public allemand. Dans cinq numéros suivants du magazine nous avons publié de larges extraits de cinq livres du philosophe, qui n'avaient pas encore paru en traduction allemande. Jusqu'à la publication de ces extraits un seul livre du philosophe avait paru en Allemagne: Ravel chez Rowohlt (1958, depuis longtemps retiré du marché). Maintenant il y a, à ma connaissance, neuf livres de Jankélévitch en traduction allemande, la plupart chez Suhrkamp et la petite maison d'édition viennoise Turia+Kant.

Lorsqu'en 1995, à l'occasion du dixième anniversaire de la mort du philosophe, on évoquait sa mémoire,  le Magazine Littérarie publia ma correspondance avec Jankélévitch. On m'a assuré plus d'une fois que c'était un événement en France.
La station de radio France Culture lui consacra à cette occasion plusieurs heures de son programme de l'après-midi et du soir d'un Samedi. Et on m'a invité de m'occuper du temps entre 20.45 et 22.30 h. C'était par France Culture un signe très spécial de réconciliation. 
Dans son roman « La putain du diable », qui traite de la philosophie française depuis la Seconde Guerre Mondiale, la philosophe et romancière Catherine Clément  fait de notre correspondance et de ma visite chez le philosophe le sujet d'une scène. Avant, elle avait déjà commenté notre rencontre dans le Magazine Littéraire. Catherine Clément est l'auteur des romans « Le voyage de Théo » et de «Martin et  Hannah » (sur les relations de Martin Heidegger et Hannah Arendt).
Ma correspondance avec Jankélévitch est lue dans des écoles françaises à côté de la fameuse « Lettres pour un ami allemand » d'Albert Camus.
Le  philosophe Jacques Derrida a cité et commenté en détail notre correspondance dans son dernier livre. Peu de temps avant sa mort, il m'a téléphoné et nous nous sommes  longuement entretenu.
Un grand nombre d'auditeurs et de lecteurs, allemands et français, juifs et non-juifs, ont réagi à mes émissions de radio et à mes publications écrites en m'écrivant des lettres.
J'ai fait la connaissance d'autres personnes intéressantes, par exemple du compositeur français Fabien Lévy, qui avait exprimé de désir de faire ma connaissance. Il nous a même invité, moi et ma femme, à fêter son mariage avec une Allemande dans le sud-est de la France.
Ce n'était qu' un choix des suites de ma rencontre avec Vladimir Jankélévitch. Un un mot: Cette lettre écrite spontanément par un professeur de lycée, âgé de 41 ans, complètement inconnu et insignifiant n'a pas seulement changé ma vie, mais a eu en plus des suites tout à fait étonnantes et de grande portée. Une Juive française âgée d'une soixantaine d'années m'a encore tout récemment écrit:  « Vous avez certainement contribué au rapprochement des Allemands et des juifs du monde. »
Il y a des gens qui prétendent que l'écriture ne produit plus d'effet aujourd’hui.
Tout ce que je viens de dire, je l'ai traité dans ce livre. Mais j'y parle encore d'autres thèmes, par exemple de quelques rencontres avec des Juifs et des Français, de la manière dont les Allemands ont essayé – ou manqué - d'assumer et de venir à bout de leur passé. Et je parle du pardon.
Ce livre paraît dans la maison d'édition CLADOLE - avec une préface de Georges-Arthur Goldschmidt. »

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